Le Repaire

Le bureau secret de l’écrivain

 

Le poète regardait la mer.
Et la mer regardait le poète.
Et chacun pensait avoir inventé l’autre.

 

L’auteur, en panne d’inspiration, perdait ses journées au bistrot.
Il s’imaginait que tout le café noir qu’il buvait était de l’encre, et qu’en en buvant suffisamment, il sourdrait enfin en mots sur la page immaculée.

 

L’auteur de traités d’astrophysique était extrêmement populaire. On disait de lui qu’il exerçait une incroyable attraction lors de ses apparitions publiques.
Il buvait également comme un véritable trou. Noir.

 

L’auteur n’aimait pas tellement passer ses journées dans les troquets.
Mais il le fallait bien : pas d’autres moyens pour rencontrer les personnages de ses romans réalistes.

 

C’est lorsque l’auteur se rendit compte qu’il plongeait la plume de son stylo dans sa bière et qu’il buvait son encre, qu’il se décida à mettre le mot «Fin» au bas de son manuscrit.

 

L’auteur racontait depuis déjà une bonne heure l’intrigue de son prochain roman au patron du bar, lorsqu’il conclut enfin son histoire par ces mots :
«… et ainsi, cela prouve que la vie est un éternel recommencement. C’est pourquoi, patron, remettez-nous la même chose !»

 

L’auteur feuilletait le petit carnet où il notait toutes ses idées.
Maintenant qu’il n’y avait plus une page de libre, il se sentait la tête vide.
Alors, avec un soupir, il revint à la première page et entreprit de tout recopier dans sa tête.

 

L’auteur s’était félicité d’avoir embauché un correcteur. Au début, du moins, car il s’apercevait maintenant que ce dernier prenait trop à cœur son travail ; outre l’orthographe, il corrigeait également les dialogues, les descriptions et même les intrigues.

 

L’auteur alcoolique prônait le principe des vases communicants.
À mesure qu’il remplissait les pages, il vidait les bouteilles.

 

L’auteur était entré en écriture comme on entre en religion ;
chaque soir il priait sa sainte trinité :
L’Éditeur, le Lecteur et la sainte Inspiration.

 

Vous connaissez le conte du cordonnier qui reçoit l’aide de lutins durant la nuit ?
L’auteur l’adore. Il a, dans ses tiroirs, des dizaines d’histoires sans chutes qu’il laisse aux bons soins des lutins…

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Portrait en disque - 0

Vincent Corlaix (être humain masculin) – Écrivain, auteur, raconteur, (micro-)novelliste.

Né durant la première moitié de l’année 1974. Doté du super-pouvoir d’inventer des mondes imaginaires. Auteur une dizaine de nouvelles (chiffre en constante progression). Actuellement occupé à écrire des micronouvelles avec ses compères Olivier Gechter et Jacques Fuentealba. Poursuit également l’écriture de son premier roman. A récemment participé à l’ambitieuse aventure du projet Radius Expérience pour les éditions Walrus, en attendant d’autres aventures…