La maison de sable

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Création / Ecrivaillerie / Moi

Dans les dunes, loin de la plage fréquentée par les estivants, se tient une maisonnette abandonnée. Ouverte à tous les vents, elle demeure toujours debout, ses quatre murs et son toit faisant fièrement face aux éléments comme un vétéran d’une ancienne guerre. Pleine de cicatrices, mais encore là.

Ses pièces sont envahies du sable poussé à l’intérieur par les vents. Les murs sont usés du frottement des grains, à tel point qu’ils en ont pris la couleur dorée. Pourtant çà et là, malgré la pâleur, on peut encore deviner à quoi pouvait ressembler la tapisserie ou la peinture de telle ou telle pièce. En de très rares cas, il y a même la trace rectangulaire et fantomatique d’un cadre.

Alors qu’elle s’engloutit lentement dans le sable comme un bâtiment naufragé, on ne peut s’empêcher de rêver la vie qu’il y a eu ici, en parcourant les pièces vides. Des souvenirs s’accrochent à ces lieux tels des lambeaux de tissus bientôt arrachés par le vent. On traverse le salon, et l’on est traversé par les voix du passé. Si on se place devant la grande fenêtre qui donne vers la mer, on peut entendre les rires des enfants jouant dans le sable. Tournons la tête et, peut-être, du coin de l’œil, verrons-nous une fraction de seconde les parents sourire, rassurés.

Par un effet inexplicable, il n’y a aucune souillure ici. Personne ne s’y cache, personne n’y jette quoi que ce soit. Seul le sable a le droit d’y séjourner, pour la dévorer lentement, la digérer tout doucement. La maison est un sanctuaire. Le temps s’y est cristallisé un moment, mais même lui ne résiste pas à l’abrasion. Mais, tant qu’il reste une note de couleur, tant que le vent continue de chanter les souvenirs des vacances passées, tant que nous, rêveurs, pouvons continuer à nous perdre dans cette étrange nostalgie, la maison vivra encore un peu.

La maison de sable

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