Hier, j’étais invité en compagnie de ma belle-famille à fêter le 80e anniversaire de tonton Georges. Cela se passait dans un petit village perché quelque part dans la Drôme, à quelques kilomètres de Montélimar. Je n’y connaissais pas grand monde, mais ça a été un très bon moment et une très belle journée.

Mais il m’est arrivé quelque chose d’assez étonnant. Comme le titre de cet article le prétend.

Nous attendions le moment de passer à table et par conséquent, l’apéro élastique s’étirait tant qu’il pouvait. C’est à dire, donc, que j’en étais à mon deuxième ou troisième Pastis, sans compter le raki que j’avais osé goûter par curiosité, mais c’est quand même passablement pas bon*. Entre deux tournées de toasts au tarama, je m’étais assis sur le parvis de la salle des fêtes, là où se passaient les réjouissances, entre ma Douce et un cousin inconnu de moi.

Les discussions allaient bon train et je ne saisissais qu’un mot par ci, un autre par là. Je me gorgeais de soleil, la tête en arrière contre la grille. Le ciel était d’un bleu pur, fendu par la plume blanche d’un avion de ligne.

À quelques pas tournait l’orgue de barbarie. Tonton Georges étant musicien, on avait eu l’idée amusante d’amener cet instrument. Et tandis que le niveau des bouteilles (alcoolisées ou non) descendait à vu d’œil, l’instrument égrenait ses sonorités de flûtes boisées sous l’impulsion de son harmoniste, qui l’accompagnait de sa voix grave quand l’inspiration lui prenait.

C’est alors que ça m’a frappé. La semi-torpeur, douce chaleur (un peu aidée par l’alcool sans doute) du jour chômé qui ne voudrait pas finir mais déjà nostalgique, les conversations inintelligibles et pourtant proches, la musique populaire et surannée de l’orgue de rue, et ce plan —que je me faisais tout seul— de ce ciel tâché uniquement par le panache de l’avion. C’était évident !

J’étais dans un film de Jacques Tati.

Alors, rien que pour cela, merci tonton Georges, et merci mon Oncle.

 

* Et donc, dans la logique étrange du buveur, ça ne compte pas.

Une réflexion sur “Un acmé chez Tati

  1. C’est comme pour Bob Marley, Elvis ou Michael Jackson, même mort, il continue à faire des films à titre posthume.

    Et là sortie c’est pour quand alors ? ;o)

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